Skinwalkers au Pentagone : ce que révèle le rapport déclassifié sur le ranch de l’Utah

Des créatures canines de près de deux mètres qui courent sur deux pattes, des boules de lumière qui frôlent le visage des témoins, des poils prélevés sur une clôture de barbelés : cela pourrait ressembler à un épisode de X-files mais cette enquête est bien réelle. Le 23 octobre 2026, le Pentagone a déclassifié le rapport d’enquête mené en 2010 sur le célèbre « Skinwalker Ranch », dans l’Utah. Une affaire rocambolesque qui pourrait servir de base pour un film ou un documentaire. Afin de faciliter l’accès aux informations contenues dans ce rapport, nous en avons fait une visualisation interactive.

Un document qui sort des archives du renseignement

Le document porte la référence DOW-UAP-D174 et s’intitule Utah Ranch Investigation. Il fait 60 pages et a été publié par le Département de la Guerre américain (le nouveau nom du Département de la Défense) dans son septième lot de dossiers sur les phénomènes aériens non identifiés, baptisé PURSUE. Ce même lot contient d’autres pièces du même programme, dont un rapport mensuel de novembre 2009 et une auto-évaluation de 141 pages.

Le rapport a été rédigé par BAASS (Bigelow Aerospace Advanced Space Studies), la filiale de l’entrepreneur Robert Bigelow. En 2008, à la demande du sénateur Harry Reid, la Defense Intelligence Agency (DIA) a financé l’AAWSAP, un programme d’environ 22 millions de dollars officiellement consacré aux technologies aérospatiales du futur. BAASS en a obtenu le contrat. Détail qui a son importance : Robert Bigelow était aussi propriétaire du ranch.

L’origine du volet « ranch » est presque anecdotique. Selon les récits publiés par ses responsables, James Lacatski, l’agent de la DIA à l’initiative du programme, avait lu avec quelques collègues le livre Hunt for the Skinwalker (2005), et s’était demandé si les phénomènes décrits pouvaient représenter une menace, ou une opportunité, pour la défense nationale.

Une enquête de terrain en deux missions

Le rapport couvre deux missions, du 22 au 26 mars et du 19 au 23 avril 2010, autour de Fort Duchesne, dans le bassin d’Uintah. L’équipe compte quatre personnes : deux enquêteurs et deux scientifiques. Leurs objectifs sont listés noir sur blanc :

  • interroger un maximum d’habitants pour cerner l’ampleur et la variété des témoignages ;
  • mesurer le champ magnétique, le spectre électromagnétique et la radioactivité sur le ranch ;
  • utiliser des plantes comme « biocapteurs » de radiations ;
  • installer des caméras de chasse pour photographier les créatures ou les lumières ;
  • et, plus surprenant, tenter d’« établir une communication » avec la source des anomalies au moyen de « jeux, énigmes et autres stratégies ».

Au 7 mai 2010, plus de 25 personnes avaient été interrogées chez elles, toutes habitant depuis toujours à moins de trois kilomètres du ranch : quatre policiers, onze Amérindiens dont un chaman, douze éleveurs, six chefs d’entreprise, une quinzaine de membres de l’Église mormone et le directeur du service local de la faune. Les témoins ont entre 15 et 77 ans. Leurs noms sont caviardés dans la version publiée.

Le « skinwalker » : une créature canine qui marche debout

Le cœur du rapport est un tableau qui compile les descriptions de 16 témoins. Le portrait qui s’en dégage est étonnamment cohérent : une créature de type chien ou loup, haute de 1,80 à 2,40 mètres lorsqu’elle se dresse, capable de marcher et de courir sur ses pattes arrière, souvent associée à une odeur de soufre ou de chair en décomposition et à un hurlement. BAASS estime qu’il pourrait y avoir jusqu’à trois « types » distincts de créatures.

Certains récits frappent par leur précision :

  • une créature au pelage blanc qu’un témoin dit avoir touchée avec une carabine à plombs, le projectile ayant « rebondi » ;
  • un bras velu d’environ 90 centimètres, terminé par quatre doigts de singe longs de 25 centimètres, qui serait entré par la fenêtre ouverte d’une chambre en 2003 ;
  • une créature accroupie sur un abri à chevaux, qu’une fillette de quatre ans a comparée à « un kangourou » ;
  • une tête « de berger allemand » avec un nez « plus humain », décrite par un témoin qui affirme qu’il ne faut jamais regarder un skinwalker en face.

Le 21 avril 2010, un témoin a demandé un stylo et du papier pour dessiner les deux créatures qu’il dit avoir vues. Ces dessins figurent dans le rapport.

Le rapport mentionne aussi d’autres figures, plus rares : deux ombres humaines de 2,40 et 2,70 mètres derrière la fenêtre d’une famille, la « Basket Lady » de la tradition ute sautant de toit en toit (la police a été appelée), un oiseau « préhistorique » de 3,60 mètres d’envergure, un « petit peuple » de moins d’un mètre et un ver de 2,40 mètres de long.

Boules de lumière et « portail »

Le second grand volet concerne les lumières. Chaque témoin a répondu à une grille de plus de 25 questions : taille, couleur, distance, vitesse, réaction aux stimuli, émotions ressenties. Le rapport en compile une vingtaine : orbes bleus qui suivent une voiture, boules blanches qui « flottent comme Glinda dans Le Magicien d’Oz », lumière de la taille d’une Coccinelle Volkswagen qui fait bouger les branches.

Le récit le plus détaillé concerne une boule rouge de la taille d’une balle de tennis. Lorsqu’un homme l’éclaire avec une lampe, elle fonce vers son visage et s’arrête à une dizaine de centimètres. Il décrit un engourdissement du bout du nez jusqu’à la joue gauche, une sensation de chaleur, un sifflement aigu dans l’oreille et une odeur de boue pourrie. Une biologiste de BAASS a conçu un questionnaire spécifique pour tenter d’identifier le type d’énergie en cause. Le rapport note, avec une honnêteté rare, que le témoin réparait son autoradio pendant l’entretien et n’était pas pleinement attentif.

Une femme décrit enfin un « portail » vu une vingtaine d’années plus tôt : un mur transparent de neuf à douze mètres de haut, ondulant comme une vague de chaleur, qui ne lui a inspiré qu’un sentiment de paix.

Les preuves : un chien et un raton laveur

C’est la partie la plus instructive du rapport. Le 22 mars 2010, un habitant raconte qu’une ombre a filé « comme un sprinteur » devant chez lui, poursuivie par ses chiens, avant de heurter plusieurs fois sa clôture de barbelés. Les enquêteurs y retrouvent une touffe de poils correspondant à la couleur décrite.

Gros plan sur une touffe de poils clairs accrochée à un fil de fer barbelé
Les poils prélevés sur la clôture après la « poursuite » du 22 mars 2010 (rapport D174, p. 21).

Quatre échantillons ont été envoyés à un laboratoire pour un séquençage de l’ADN mitochondrial. Le verdict, daté du 27 avril 2010, est sans ambiguïté : les poils de la clôture portent la même séquence canine que ceux d’un chien de la propriété, une séquence que l’on retrouve chez 10 à 14 % des chiens domestiques. BAASS conclut lui-même qu’ils proviennent très probablement du même animal. Le quatrième échantillon, un poil incrusté dans une roche tachée de rouge sur la mesa, est celui d’un raton laveur.

Le reste des mesures n’apporte rien de concluant : les sept caméras de chasse n’ont produit aucune image présentée dans le rapport, les plantes biocapteurs venaient d’être installées, et des traces dans la neige qui semblent « traverser » une clôture restent non identifiées. Seul point resté ouvert : deux signaux radio puissants captés sur la mesa entre 1210 et 1238 MHz, absents la veille. Ces fréquences sont réservées à la navigation par satellite et à des usages militaires, ce qui offre des explications bien plus prosaïques qu’une source inconnue.

Mises en perspective

Le skinwalker, une figure culturelle avant d’être un « phénomène »

Le terme vient de la tradition navajo, où le yee naaldlooshii désigne une personne capable de prendre une forme animale. Le rapport ne s’en cache pas : plusieurs témoins interprètent ce qu’ils vivent à travers ce cadre, parlent de « métamorphes », de « loups-garous », de la « Basket Lady » ute, et respectent des règles comme celle de ne pas regarder la créature en face. Pour un lecteur extérieur, c’est une clé importante : la convergence des descriptions peut aussi refléter une culture partagée, transmise depuis l’enfance, autant qu’une observation indépendante.

Le témoignage, la nuit et la peur

La plupart des rencontres ont lieu la nuit, souvent en une fraction de seconde, parfois des années avant l’entretien. Plusieurs témoins ne décrivent qu’une « ombre ». La psychologie de la perception rappelle qu’en faible lumière, le cerveau complète les formes à partir de ce qu’il s’attend à voir. Dans une communauté où l’on parle depuis longtemps de skinwalkers, un gros chien aperçu dans la pénombre peut facilement devenir autre chose. L’épisode des poils de la clôture en est une illustration presque parfaite.

Pourquoi la défense américaine a financé cette enquête

En 2024, le rapport historique de l’AARO, le bureau du Pentagone chargé des phénomènes anormaux, a tranché : la DIA n’avait ni demandé ni autorisé ce volet paranormal, même si l’un de ses employés gérait le contrat. Le programme a pris fin en 2012. Le document D174 raconte donc surtout l’histoire d’un contrat public qui a glissé de la prospective aérospatiale vers l’enquête sur le folklore local, avec des moyens scientifiques (séquençage ADN, relevés électromagnétiques) qui ont, au final, plutôt démonté les récits qu’ils ne les ont confirmés.

Ce qu’il faut retenir

ÉlémentCe que dit le rapportStatut
DocumentDOW-UAP-D174, 60 pages, rédigé par BAASS pour l’AAWSAP (DIA), déclassifié le 23 octobre 2026Authentique, publié officiellement
Enquête2 missions en mars et avril 2010, plus de 25 habitants interrogésDocumenté
Créature canine bipède16 témoins, 1,80 à 2,40 m, odeur de soufre ou de mort, hurlementsTémoignages non vérifiés
Lumières et orbesUne vingtaine de récits, dont une boule rouge à 10 cm d’un visageTémoignages non vérifiés
Poils de la clôtureMême séquence ADN qu’un chien de la propriétéChien domestique
Poil de la roche rougeSéquençage mitochondrialRaton laveur
Caméras, plantes, tracesAucun résultat présentéNon concluant
Signaux radio1210 à 1238 MHz, bandes satellite et militairesNon élucidé
Volet paranormalNi demandé ni autorisé par la DIA (AARO, 2024)Programme arrêté en 2012

Explorez le rapport en données

Pour aller plus loin, nous avons transcrit l’intégralité des tableaux du rapport dans un rapport interactif bilingue. Vous pouvez y comparer la taille décrite des créatures, filtrer les 25 récits par type, consulter les 20 témoignages de lumières, suivre la chronologie de 1966 à 2010, voir la carte des points de convergence et toutes les photos du rapport, ainsi que les résultats des analyses ADN.

Rappel méthodologique : ce document consigne des déclarations recueillies par un sous-traitant. Aucune n’a été vérifiée de façon indépendante. Les noms des témoins et du ranch sont caviardés dans la source ; les positions de la carte interactive sont approximatives.

Sources